Le rachat de Lotus par General Motors donna naissance à une multitude de projets et de collaborations entre les deux marques dont certains eurent un retentissement spectaculaire.
C'est bien le cas avec cette voiture : l'Opel Omega Lotus (appelée également Vauxhall Carlton Lotus en Grande-Bretagne).
D'origine, l'Opel Omega dont il s'agit est une berline familliale apparue en 1978 en remplacement de l'Opel Rekord. 4 portes animée par des moteurs à 4 cylindres de 1800cc et 2 litres, et par un 6 cylindres de 2,6 litres, cette voiture avait une vocation de voiture pour père tranquille.
Mais voilà, Opel veut dynamiser son image de marque (ça lui arrive souvent : voire l'Opel Speedster), et pour cela, s'adresse à sa nouvelle acquisition Lotus Engineering. Les ingénieurs de Lotus n'y vont pas avec le dos de la cuillère, puisqu'ils transforment cette paisible voiture en rien moins que la berline de série la plus rapide de tous les temps (à cette époque).
Le moteur est réalésé à 3,6 litres (!), équipé d'une culasse moderne à 4 soupapes par cylindre, de deux turbo-compresseurs soufflant dans des échangeurs de température air-eau, et de tout ce qu'il faut pour refroidir ce bouilleur qui développe alors 377 chevaux et plus de 50 m.kg de couple ! Le tout passe dans une boîte de vitesses manuelle à 6 rapports (celle de la Corvette ZR-1, une autre collaboration GM-Lotus).
Les suspensions sont totalement revues, le freinage est remplacé par des étriers à 4 pistons AP Racing à l'avant comme à l'arrière, avec disques ventilés de 330 mm de diamètre à l'avant et 306 à l'arrière. Les roues sont équipées de gommards monstrueux (235/45 ZR17 à l'avant et 265/40 ZR17 à l'arrière) qui débordent littéralement des excroissances d'ailes pourtant généreuses.
Cette voiture digne de Mad Max crée à son lancement un tel émoi dans la population Britannique qu'Opel évoque la possibilité d'en cesser la vente. En pleine période de frénésie sécuritaire, ce boulet de canon faisait effectivement très peu "politically correct". Heureusement, rien ne s'arrête, et les bêtes noires (ou vert foncé, les seules couleurs disponibles) écûment les routes Européennes en infligeant des fessées à bien des prétendues supercars rencontrées sur leur route.
Car les performances de l'engin sont exceptionnelles pour un tel gabarit, et surtout pour l'époque : plus de 285 km/h en pointe (en 5ème), 5,1 seconde de 0 à 100 km/h et 24 secondes au km départ arrêté. Même aujourd'hui, il faut chercher très haut dans la gamme de prix pour retrouver ce genre de performances. Le tout pour une réelle berline à 4 vraies places dans le confort du cuir et avec une stéréo de bonne qualité !
Ainsi gréée, l'Opel devient une auto sauvage. La tenue de route de l'engin est saine si tant est que l'on reste maître de son pied droit et conscient de la masse totale supérieure à 1500 kg. A part l'ABS, il n'y a aucune aide à la conduite, et les débordements ne manquent pas.
La voiture aura un succès commercial assez mitigé, puisque seules 950 voitures furent construites, dont 59 vendues en France.
Côté entretien courant, cette auto n'est pas économe : l'embrayage déguste, les pneus également, et toute la transmission est sensible au mode de conduite du propriétaire. La commande d'embrayage est connue comme un point faible et a été sujette à renforcement (rappel). Enfin, la suspension arrière est équipée d'un système pneumatique de correction d'assiette qui peut tomber en panne et provoque une usure anormale des pneus et dégrade sensiblement la tenue de route.
Par ailleurs, cet OVNI est devenu très peu connu des concessionnaires qui n'ont plus vraiment les ouvriers qualifiés pour l'entretenir, et les délais pour obtenir des pièces spécifiques (et il y en a beaucoup) peuvent se compter en semaines voire en mois. Par exemple, seuls 4 concessionnaires ont été homologués en France pour assurer le suivi des Lotus Omega.